18.6.16

Paris tout est gris

 Paris tout est gris


Tu en as vu de toutes les couleurs ces derniers temps. Tu as vu passer des manifestants en colère, des casseurs dans tes rues et au milieu de tout ça tu as accueilli des personnes venues du monde entier pour acclamer leur équipe en cette période de jeux. Tu as également prit part au soutien des victimes d'Orlando et à la communauté LGBT en affichant fièrement leur drapeau coloré sur la façade de l’hôtel de ville. Et tout comme ce drapeau, colorées étaient les banderoles qu'arboraient ces travailleurs dans les rues, colorés aussi les drapeaux des supporters, colorée encore la dame de fer en cette occasion si funeste. Et pourtant...


Et pourtant, cher Paris, désolée de te le dire mais tu ne m'as jamais paru aussi gris. 

Gris de tous ces massacres par-delà tes frontières qui n'ont fait que raviver des souvenirs que trop récents et encore trop vivaces pour tes habitants. Gris de la peur de bon nombre d'entre eux qui ont perdu depuis lors une bonne part de leur insouciance et de leur sentiment de sécurité. 

Gris ensuite du sentiment de colère et de ras-le-bol général qu'éprouvent les manifestants au sein de tes rues et dont le nombre ne fait qu'accroître dans l'indifférence apparente d'un gouvernement dépassé par les événements.

Gris enfin de ma propre grisaille, moi qui me sens un peu perdue face à tout ça, moi qui ai un peu de mal à me reconnaître en toi ces derniers temps. J'ai vu toutes ces personnes arborer tes rues, je les ai observées à distance. Je ne me suis pas jointe à eux. Je ne me sentais pas assez informée ni convaincue pour manifester moi aussi contre cette loi El Khomri, j'étais bien trop bouleversée pour me joindre aux rassemblements d'hommage aux victimes d'Orlando et pour couronner le tout devine quoi ? Je n'aime pas le foot. Je suis restée là, figée, quand tout le monde défendais sa cause. Mais quelle était ma cause à moi ? 

Je n'en ai aucune. Égoïstement, j'ai juste envie que tout s'arrête. J'ai juste envie qu'ils disparaissent tous, qu'ils me laissent seule avec toi, qu'ils me laissent me perdre dans tes musées, tes galeries, tes salles de concert, boire des verres sur tes terrasses et lire mes livres sur tes quais face à la Seine en paix. Je n'ai aucune envie d'affronter leur réalité. Elle semble si sombre, si dure.

J'ai toujours été une grande rêveuse et chaque fois que quelque chose ne va pas je me réfugie sur mon petit nuage et je fais l'autruche. Je reste dans mon trou jusqu'à ce que l'orage passe. Mais aujourd'hui l'orage ne passe pas et fermer les yeux n'est plus suffisant. Alors je me sens démunie. Je sais que je vais moi aussi devoir affronter cette réalité et j'ai peur, peur de ne pas être assez forte. Peur de faire entendre ma voix si cela s'avère nécessaire. Il est encore trop tôt. Je ne suis pas prête. Laissez moi.


Paris, tu es bien trop morne pour moi ces jours-ci.


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