14.6.16

Le maquillage, les autres et moi

 Le maquillage, les autres et moi


Il y a quelques jours la nouvelle a fait le tour du web : Alicia Keys sortira son nouvel album à la rentrée et surtout, elle s'affiche fièrement sur toutes les photos de sa promotion sans maquillage.L'info a fait grand bruit et a été relayée par plusieurs médias. C'est une première je crois dans l'industrie du R&B américain où les chanteuses sont toujours ultra féminisées. Elle explique son choix en disant que l'idée lui trottait dans la tête depuis quelques temps et qu'il s'agissait d'un acte personnel pour être bien dans sa peau même si elle explique qu'il s'agit également d'un acte militant en réaction à la censure imposée aux femmes (via). 



Je voulais revenir avec vous sur cette déclaration et sur la réflexion qu'elle a suscité en moi. Je me suis demandé moi aussi pourquoi je me maquillais au quotidien, était-ce réellement par envie ou plus par volonté de me conformer à une certaine image valorisée par la société ?  Suis-je plus influencée par les diktats de la beauté que je ne voudrais l'admettre ? Quelle est mon rapport aux cosmétiques ?
Avant de répondre à toutes ces questions qui se bousculent dans ma petite tête je vous propose de vous mettre dans l'ambiance en écoutant son premier single intitulé In Common qui envoie du pâté :

(je ne m'en lasse plus)

Vous y êtes ? Bon, je continue. 


Rétrospection 


J'ai commencé à me maquiller vers l'âge de 16 ans peu après mon arrivée au lycée. 

Mon lycée était situé dans un quartier assez aisé, là-bas la plupart des filles étaient toujours impeccablement maquillées en plus d'être impeccablement habillées (avec des vêtements de marque). La jeune fille assez réservée que j'étais alors tombait en totale admiration pour elles (et découvrait par la même occasion que si l'argent ne fait pas le bonheur, celui des parents peut tout de même servir d'échelle de valeur pour évaluer la potentielle "coolitude" des autres aux yeux d'adolescents en recherche de personnalité, mais il s'agit là d'un autre débat). 

Quoi qu'il en soit, comme beaucoup de gens au même âge mon objectif principal était de m'intégrer au groupe en me fondant au maximum dans la masse. C'est donc à cette période que j'ai commencé à vraiment prendre conscience de mon image et à m'en préoccuper. C'est également à cette période que mes premiers complexes ont commencé à apparaître avec ma facheuse manie de toujours me comparer aux autres en me trouvant toujours nulle par rapport à eux. Je me trouvais trop nulle pour eux, pas assez bien habillée, pas assez jolie, bref, rien n'allait chez moi. Mon caractère déjà pas mal réservé s'est alors muté en une timidité quasi maladive. J'étais jeune, j'étais mal dans ma peau et en quête d'un modèle à suivre. Ces filles sublimes à mes yeux sont vite devenues l'illustration de la perfection et de la féminité telle que je la concevait alors.


Le maquillage pour me cacher


Pour essayer de combler le fait que je sois moche et nulle (oui oui je me dépeignais vraiment ainsi, ça craint) et acquérir un peu de confiance en moi j'ai donc commencé à me mettre une pression monstre pour être chaque jour bien habillée, coiffée et maquillée moi aussi, il fallait que tout soit impeccable de mes ongles de pieds à la pointe de mes cheveux. Dans ce contexte le maquillage est devenu une sorte de masque, une fois maquillée je m'efforçais d'être une fille cool comme les autres, je refrénais ma timidité quand j'étais avec mes "amis" comme une maladie honteuse et contagieuse à dissimuler à tout prix. Je m'efforçais de cacher mes "imperfections"  sous les couches de fond de teint et de crayon noir comme si la perfection physique permettrais de faire de moi une personne "cool" aux yeux des autres. Bien entendu j'avais tout faux et mon mal être n'a fait qu'accroître davantage. Je n'étais pas cette fille hyper sociable et détendue que je laissais paraître et tout le maquillage du monde n'aurait rien pu changer à cet état de fait. 

Le pire étant que je ne me maquillais même pas par plaisir, non, je voyais juste ce geste comme un passage obligé, une sorte de contrainte pour me faire accepter des autres (je sais c'est ridicule mais que voulez-vous j'avais 16 ans). La lecture de certains magazines à destination des jeunes filles n'arrangeais en rien mon obsession de perfection et ma persuasion que je ne vaudrais rien tant que je ne l'aurais pas atteinte. 

Heureusement pour moi, tout s'est arrangé l'année suivante en changeant de lycée pour des raisons d'orientation. J'allais mieux et c'est cette année là que j'ai rencontré de véritables amis (qui le sont restés aujourd'hui encore pour la plupart). Question maquillage j'avais également évolué, je ne me mettais plus la pression comme auparavant pour apparaître parfaite en toutes circonstances et il m'arrivait même de venir au lycée le visage à nu, un grand pas pour moi. Certes cela restait encore assez rare mais la grande timide que j'étais parvenait enfin petit à petit à faire tomber le masque qu'elle s'était forgé (ou plutôt peinturluré sur la tronche en l'occurence). 


Au plaisir de me maquiller


Deux années se sont ainsi écoulées de ma première à ma terminale et une fois le bac en poche je faisais mon entrée sur les bancs de la fac. J'étais alors devenue entre temps beaucoup moins timide et je parvenais enfin à aller vers les autres sans trop de difficultés. J'étais mieux dans mes pompes et je lâchais du leste quand à mon obsession vis à vis de mon apparence. Le maquillage n'étais plus une contrainte, au contraire il en devenais même un jeu. Je commençais enfin à prendre plaisir en me préparant le matin et je ne fuyais plus mon regard face au miroir. J'ai commencé à aimer les produits et les couleurs que je choisissais avec de plus en plus de soin. Je me maquillais moins, mais mieux et je ne ressentais plus le besoin de me cacher derrière des tartines de couches. 


Et aujourd'hui ? 


Quatre ans plus tard je me maquille toujours avec ce même plaisir. Je me suis perfectionnée au niveau de la technique, j'ai appris à porter ce qui m'allais et à me mettre en valeur sans en faire des tonnes. Je ne ressens quasiment plus une quelconque pression extérieure vis à vis de mon apparence physique, que ce soit avec mes amis ou dans un contexte professionnel. Je suis comme j'ai envie d'être selon mon humeur, je peut être un jour joliment habillée et maquillée et arriver le lendemain en pyjama 100% naturelle et me sentir tout aussi confiante (oui oui je vais parfois en cours en pyjama quand j'ai la flemme et que j'ai envie de confort mais comme ce sont de jolis pyjamas personne ne se rend compte de rien alors chut).  

Pour mon plus grand bien j'ai également arrêté la lecture de certains magazines féminins dont je trouvais le ton un peu trop injonctif et culpabilisant à mon goût (faites pas ci, faites ça comme ça, évitez ça, portez ça comme ci, et patati et patata) sans parler des sujets fort peu variés et qui vous prennent un peu pour une bille (le sacro saint article annuel sur comment perdre 10kg en une semaine avant l'été en buvant du jus de pruneau on en parle ?). Je trouve cela triste que l'on voie encore aujourd'hui la femme comme un être dont les seules préoccupations dans la vie tournent autour de la beauté, la mode, la déco, la santé, bref, autour de sujets estampillés futiles. Bien entendu certaines aiment ces domaines et c'est mon cas mais qui a dit qu'ils étaient les seuls à m'intéresser ? Et que fait-on de celles qui préfèrent les centres d'intérêt dits "masculins" ? De celles qui se fichent complètement des cosmétiques/fringues/etc et d'être "bien" habillées/coiffées/maquillées ? Cela voudrait dire qu'elle ne sont pas de "vraies" femmes pour ne pas se conformer à l'image de la féminité promue dans ces magazines ? Je trouve cela ridicule. Certains feraient bien de se souvenir que la femme est un être humain comme les autres avant toute chose.

J'ai appris à valoriser chez moi des aspects autres que le physique (car oui figurez vous chers magazines que j'ai d'autres atouts)(et non je ne n'ai pas 10kg en trop) car je me suis enfin rendu compte que mon apparence extérieure n'était qu'une infime part de ce qui constituais l'essence de ma personnalité et de ce qui faisait de moi une personne intéressante. 

Néanmoins je ne choisirais pas de prendre une décision aussi radicale que notre chère Alicia telle qu'arrêter totalement de me maquiller tout simplement parce que j'aime ça (il n'y a qu'à voir mon amour pour les rouges à lèvre) et j'aime me donner le choix de le faire ou pas le matin, indépendamment de ce qu'en pensera le voisin. Je le fais pour moi. Il va de soi que je comprend néanmoins très bien sa prise de position et je suis 100% d'accord avec elle lorsqu'elle aborde la pression sociale subie par les femmes dans sa lettre ouverte (que vous pouvez retrouver ici pour les pas trop nulles en anglais). Pour les autres (haha les nulles donc) je vous conseille de jeter un œil à l'article très intéressant publié sur Madmoizelle par ici (et bien entendu vous pouvez suivre le mouvement du no make-up qui fleurit sur les réseaux sociaux et internet sous le hashtag #nomakeup).



Pour conclure 


Et si on arrêtait de mettre cette pression aux femmes vis à vis de leur apparence qui au final ne concerne qu'elles ? Et si on cessait de leur faire croire qu'être maquillée, mince, jolie, bien habillée, etc est plus professionnel (je pense à tous les secteurs liés à la vente où l'apparence est un critère de sélection avoué ou non, sans oublier comme ici l'industrie du disque), plus approprié ? Qu'il s'agit d'un passage quasi obligé pour être acceptées dans certains cercles ? Et si on laissait chacune (et chacun) faire ce qu'il veut de son corps sans jugements ?

Pour ma part, même si je me sens beaucoup mieux aujourd'hui je sais que je ne suis pas encore arrivée totalement au bout du chemin, qu'il y a encore quelques fois cette petite voix dans ma tête qui me dit que je serais "mieux" avec un peu de maquillage et alors je me souviens que cette voix représente le regard des autres et de la société et que ce n'est pas en l'écoutant que je me sentirais mieux et aiderais à faire bouger les mentalités. Je me dis que ce n'est certainement pas ce message que je souhaiterais transmettre à ma fille plus tard. Je terminerais donc ce long pavé par une petite conclusion de mon crû : être jolie c'est bien mais être libre c'est mieux


Et vous, vous maquillez-vous ? 
Avez-vous déjà ressenti la pression de faire telle ou telle chose pour être acceptée au sein d'un groupe ? 
Avez-vous parfois déjà eu cette désagréable impression que vous n'étiez pas appréciée pour ce que vous êtes réellement ?


4 commentaires:

  1. Hello Gwen,

    Nous avons la chance d'avoir une mère qui a évolué dans le milieu de la mode et de la beauté. Donc toutes petites nous sommes tombées dedans, avec en bonus une sœur esthéticienne. Très tôt maman nous a appris, pourquoi l'on se maquillait. Surtout pas pour se dénaturer, ou en user comme d'un masque.

    Aujourd'hui on se maquille très peu ou pas du tout, car quand on a des enfants, un travail et le quotidien à gérer, on ressemble plus à Alicia sans maquillage, qu'à Kim K. Néanmoins, on se réserve le maquillage élaboré pour les grandes occasions.

    Cependant, nous sommes contre ces filles qui se cachent derrière des tonnes de maquillage (fonds de teint no limit, abus du contouring), qu'on a peine à les reconnaitre. Comme si il y a une bonne et mauvaise version d'une même personne. Que reste il devant le miroir, comme tel un clown à la fin du cirque, elles achèvent de se démaquiller. Rien, sinon que l'ombre d'elles mêmes et la tonne de cotons abimés (bonjour l'écologie!). Triste réalité !

    C'est encore une question d'éducation, et d'estime de soit à valoriser, surtout auprès des jeunes filles, la population la plus vulnérable. Elles sont prêtes à tout copier, et suivre des dangereux challenges (gonflage de lèvres par système de ventouse, ou le A4 challenge pour avoir la taille aussi épaisse qu'une feuille de papier). En ces temps où les médias nous imposent les standards de beauté, on se demande ou va le monde. Désolées pour le pavé, mais le sujet en vaut la peine !

    Bisous des Sisters et à bientôt ;-)

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    1. (re)coucou Samba ! Je suis d'accord avec toi, le maquillage OUI mais pour se cacher ou par manque d'estime de soi NON ce n'est certainement pas la solution comme le prouve ma maigre expérience...

      Tu soulèves ensuite un point très important au sujet de l'éducation, je trouve cela honteux qu'on puisse mettre une telle pression aux jeunes filles vis à vis de leur apparence et de leur corps qui est très clairement objetisé un peu comme si il était là pour satisfaire les critères de beauté que cette société nous impose et non pas pour leur appartenir à ELLES. Car un corps avant de devoir être mince, imberbe et j'en passe pour satisfaire le jugement des autres sert avant tout à vivre et nous avons parfois tendance à l'oublier ! C'est notre enveloppe charnelle, grâce à lui nous sommes vivantes, nous nous mouvons, nous nous nourrissons, bref, un corps a une fonction vitale avant d'avoir une quelconque fonction esthétique et je trouve dommage justement que de jeunes filles mettent parfois leur santé en péril avec ces challenges idiots sans penser une seconde aux conséquences... Et tout ça pour quoi ? Se sentir acceptées par cette société (je m'emballe mais nous sommes d'accord, apprenons à nos filles à s'aimer et se respecter et surtout donnons leur les armes nécessaires via l'éducation pour lutter contre ce que l'on voudrait faire de leurs corps)

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  2. Hello merci pour cet article dans lequel je me suis reconnue , jt comme toi à l'époque a me maquiller pour me cacher , et seulement plus tard j'ai appris à m'aimer comme je suis(enfin j'y travail encore) (en supprimant les personnes parasites qui me rabaisser et me mettre la pression) merci pour l'article (tu à une belle plume)

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    1. Merci Margaux, tu as eu bien raison de t'éloigner des personnes qui ne t'apportaient rien ;)

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